LETTRE A MC ZAGO

TEXTE DE J.R. GEYER

Quand je suis entré j’ai d’abord vu de grands panneaux de couleurs fondues, des hommes couchés dans leurs formes viriles, vêtus toutefois, aux corps expressifs et moulés.
J’ai pensé comme je vous l’ai dit que c’était une peinture d’homme. Mais quoi de plus naturel pour une femme d’exprimer l’homme, comme il en est pour les hommes de peindre la femme dans tous ses états depuis le commencement, allant des primitifs aux renaissants jusqu’aux peintres du grand siècle puis plus tard, la femme étant en point de mire du regard des peintres, nées de mains qui touchent la pierre ou le marbre; depuis la haute antiquité.

Vous, vous faites une représentation de l’homme non pas dans son naturel mais dans une expression qui joue entre le rêve et le réel puis sombre brusquement dans l’imaginaire. Vos homme existent dans ce que vous rêvez d’eux comme si vous étiez instigatrice de leurs positions et de leur absence, sans aucun lien avec ce qui les touchent, tissus, herbes mêlées, proximité de femmes; comme étant elles emboîtées à eux. Je pourrais presque dire gigogne comme dans «Le motif». D’ailleurs les femmes aussi sont absentes. Ni l’un ni l’autre ne semble se voir.
En même temps, il y a une dépendance dans les positions dans l’entrelacs des bras et des jambes, flagrante dans «Quatre figures...». l’homme décide de la position de la femme.
C’est ce que je vois dans «Le motif» mais aussi dans «La couronne» où j’aime le jeu des genoux de la femme que l’homme fixe contre lui avec, sortant sa bouche, une touffe qui ressemble à sa pilosité ou a un jet d’algue. Là j’y aime la femme bien qu’elle soit sous-entendue, sa sensualité qui n’empêche en rien la stature du personnage, ancré en lui-même.
Même sentiment d’enracinement dans «L'arbre à piments» aux rameaux ouverts dont le tronc monte de l’homme mi-couché comme une sève d’un seul tenant tandis que la femme, elle, déloge sa chaussure de son pied dans une attitude connue, un peu penchée, allusive, qui fait penser à un début de nudité. Pour ne pas dire que l’homme de dos au gilet échancré inquiète à voir,l’aile, sa naissance ou son atrophie tout en haut de l’épaule, comme un regret de ne pouvoir prendre son vol ou d’en avoir oublier la méthode. Vos hommes ont quelque chose d’un dépassement du visuel comme revenant d’ailleurs, et ayant par bouffées des stigmates de ce qu’ils ont vécu. De même celui à la pipe noire, comme celui à l’haleine noire ou celui qui plonge dans des herbes ou qui est couché sous l’avalanche florale, à la limite du corps.
On se demande comme je vous l’ai demandé quand on s’est vu, d’où vous viennent ses positions et ses enchevêtrements que vous colorez dans l’estompe, essentiellement des roses mouillés ou des lavis qui font penser à des jus de plantes.
Et dessous en tapis à motifs à fleurs vous y couchez vos personnages ou les mettez en positions, vous les y abandonnez et vos femmes pourtant ne sont pas fleuries. L’une d’elle même est chargée d’un regard qui semble venir de loin, teinté d’un drame intime, grave ; comme quand on interroge la vie.

J’aime surtout vos femmes puisque je vous l’ai dit le masculin m’est étranger préférant oublier ma propre nature en elles, comme je le fais dans la vie. Elles ont quelques chose d’une autre époque qu’on pourrait situer dans les années cinquante ou quelque part, au temps de Maïakovski, dans le futurisme ambiant. Le poète à la grande mâchoire aurait su voir vos personnages; femmes et hommes confondus. Il en est de même pour moi où je vois l’homme résolu à la mine ferme mais aussi dans ses contours, dans les tons eux-même, une fragilité, celle qui suis un épanouissement comme les fleurs qui se lassent d’être belles, vous savez ces roses qui brusquement lâchent leurs pétales.
Il y a un éphémère dans vos traits sûrs et vos dispositions qui renforcent le charme et quand vous jouez entre la fleur et la forme, on sent la femme en vous, la main et son extrême sensibilité. Là c’est un peu une soie qui révèle ses tons, quelque chose qui transparaît au travers du visible et, j’y reviens, une fragilité qui apparaît et disparaît selon qu’on regarde l’homme ou la femme. Je vous dis ça à la frange des mots ne sachant où ils mènent, pour tenter un regard qui en définit l’approche.
Le vôtre ou bien le mien sur vous et sur vos femmes, sans éviter vos hommes.

J.R. GEYER

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Jean roger GEYER est écrivain et essayiste, il prépare un ouvrage sur la vie artistique à Paris, fréquente les galeries et écrit sur les oeuvres en résonnance avec sa prose. Il est en recherche de peintres et de plasticiens pour dialoguer sur l'art et enrichir sa démarche.

Jean Roger GEYER
jrgeye@gmail.com